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Enseigner l’esprit critique en primaire : Pourquoi pas vous ?

Pourquoi et comment développer l’esprit critique dès la primaire ?
Je pourrais répondre : « C’est simple, tu n’as qu’à faire comme ça… »
Mais non, ce n’est pas simple ! Et je pense que c’est un cheminement plus complexe pour nous, adultes, que réellement pour les élèves.

Alors, je vous propose d’affuter votre propre esprit critique au préalable. Vous verrez qu’il y a probablement pas mal à apprendre pour enseigner l’esprit critique en primaire.

Finalité ? Intégrer l’esprit critique en primaire de façon transversale !

Je pense que, pour toute matière enseignée, il convient à l’enseignant de suffisamment maitriser le sujet que l’on prétend transmettre à nos élèves.

Facile en math, orthographe ou conjugaison… mais en esprit critique ? Quelles sont nos bases et notre propre maitrise ?

Nous allons explorer ensemble les principes de l’esprit critique en général, puis nous allons cheminer vers une application concrète en classe de primaire.

Je pense que la particularité de l’enseignement de l’esprit critique en primaire est qu’il s’agit d’une matière transversale. Tout le travail est d’intégrer des notions réflexives au sein des enseignements « classiques ».

Car l’esprit critique est déjà en nous. Il doit juste se révéler de façon opportune. Et nous devons le révéler à chaque fois que nous en avons l’occasion de façon à l’automatiser lors de situation dans lesquelles nous en aurons besoin. De façon transversale à notre vie…

L’esprit critique est une « trousse à outils » bien rangée dans notre cartable. Nous devons la sortir et l’ouvrir pour utiliser ses outils, les outils adéquats à la situation rencontrée.

Tel le stylo ou le compas, chaque outil a son utilité potentielle dans tous les enseignements encore faut-il penser à sortir son compas pour faire des boules de Noël en art plastique…

Enseigner l'esprit critique en primaire = offrir une trousse à outils aux élèves pour appréhender le monde...

Déjà, à quoi sert l’esprit critique ?

En priorité, fixons les objectifs de l’apprentissage !

L’esprit critique est un filtre de sécurité à l’entrée de notre cerveau qui permet de sélectionner ce qu’on laisse y entrer. Ce filtre s’adapte aux situations et finalités des flux d’information entrants.

Il existe de base dans nos processus mentaux de façon inconsciente. A ce stade, il est poreux et rempli de biais qu’il convient de corriger : c’est l’enseignement de l’esprit critique qui permet de renforcer nos « défenses naturelles » cognitives.

Donc l’objectif d’apprendre l’esprit critique est de perfectionner un mécanisme naturel existant en « bouchant » les pores avec méthode. C’est du développement personnel.

Vous voyez, sous cet éclairage, que nous (les sceptiques et zététiciens) souhaitons apporter des outils cognitifs à usage individuel et collectif pour faire face à la complexité des informations à notre disposition.

Pourquoi le courant « esprit critique » semble se développer ces dernières années ?

Facile à comprendre. Il y a quelques années, naissait un outils absolument révolutionnaire, capable du pire et du meilleur : Internet.

Jusque-là, partager des informations utilisait des canaux « officiels » comme la télévision, les journaux, les revues… ou des canaux informels comme la rumeur, le bon sens commun…

Il y avait donc une forme de hiérarchie de la crédibilité des informations. Les rumeurs se propageant de proche en proche évoluaient assez lentement…

Mais avec internet, tout à changé : transmettre une info, quelque soit sa pertinence, à travers la planète ne prend qu’une poignée de secondes. Créer des réseaux de transmissions de ces informations est tout aussi facile (et de plus en plus) :

Si dans les années 2000, il fallait maitriser un peu de codage html, php et css pour créer un blog, en 2022, chacun peut en 3 clics avoir un canal Facebook, Instagram, Tiktok, une chaine Youtube et plein d’autres aussi faciles à investir. Tout le monde peut transmettre ses opinions, des connaissances, ses rumeurs.

Développer l'esprit critique face aux informations des réseaux sociaux : une nécessité !

Une conséquence, les mélanges des genres

Aujourd’hui, sur Facebook circule avec la même facilité la découverte du boson de Higgs par le CERN et le traitement des boutons au jus de persil de Tata Simone.

Pire, les informations « digestes », c’est à dire confortables à assimiler et sensationnelles à transmettre circulent plus facilement. Traiter ses boutons au jus de persil se répandra donc plus vite que la découverte du boson de Higgs, pour laquelle un minimum de connaissances en physique quantique semble pertinent pour saisir « le truc ».

Encore pire, si vous cherchez à traiter vos boutons, doticissimo va vous y aider en vous faisant carrément flipper : seuls ceux qui on eu des cancers défigurants ont une motivation à écrire un post dans ce type de forum. Vous ne trouverez donc pas de « j’ai eu des boutons, j’ai mis telle crème et en 2 jours, c’était fini… ». Aucun intérêt alors que ceci représente l’écrasante majorité des cas. (sauf s’il s’agit de vous vendre une crème miracle…)

Suite à cette recherche, vous serez entrainé dans un canal « boutons du visage » dans lequel circule les trucs est astuces de … Tata Simone et Chaman Guérisseur de l’acné…

Vous serez enfermés dans une boucle de pensée réduite dans laquelle tout le monde se comprend et se soutien. Formidable !

Essayez de taper « forme de la terre » dans google, et dites-moi ce qu’on vous propose.

Ne me croyez pas sur parole, essayez…

Donc, plus il y a de réseaux sociaux, moins les informations fiables sont accessibles.

Or nos enfants baignent dans ces réseaux presque sans contrôles.

Une solution : apprendre l’esprit critique dès la primaire…

L’esprit critique est une contre offensive à l’évolution débridée des médias de l’information et des réseaux sociaux. Puisque le contrôle éditorial a disparu, c’est à l’usager final que revient la responsabilité d’accepter ou non l’information délivrée.

Sacré responsabilité pour nos enfants… surtout sans outillage, sans méthode…

Alors, je vous invite à vous poser cette question :

En tant qu’enseignant, n’est-il pas de ma responsabilité d’apporter des outils et une méthode pour prémunir mes élèves de la dérive informationnelle ? (C’est à dire d’enseigner l’esprit critique en primaire)

Soit votre réponse est non, vous serez un bon enseignant des matières du programme officiel mais ce blog ne va pas vous intéresser. C’est louable et défendable.

Soit votre réponse est « bien sur ! » et j’espère vous apporter des éclaircissements pour vous aider dans votre démarche.

Etes vous tombés dans le piège ?

C’est un excellent exemple de piège qu’il faut repérer et éviter. Evidemment, ce n’est pas simplement vous positionner pour ou contre, de façon binaire en réponse à ma question :

« En tant qu’enseignant, n’est-il pas de ma responsabilité d’apporter des outils et une méthode pour prémunir mes élèves de la dérive informationnelle ? »

Vous pouvez positionner votre curseur depuis « Je ne me sens nullement responsable de cet enseignement » jusqu’à « Je vais engager le reste de ma carrière à promouvoir cette approche critique, étandard à la main ! » et toute position intermédiaire est valide.

Le biais est de vous proposer par avance les réponses qui vont aiguiller votre positionnement :

Etude ce cas d’esprit critique : le 11 septembre 2001

Suite aux attentats du 11 septembre 2001, Georges Bush a prononcé un discours dans lequel il exhortais à une guerre contre le terrorisme. Il prononça alors « You are either with us or against us », (CNN, 6 novembre 2001).

Vous êtes avec nous ou contre nous… la Suisse venait de perdre son droit à la neutralité ! Ce discours implique encore aujourd’hui que de nombreux chercheurs en sciences politiques s’alignent « pour » la guerre totale contre la terreur de GW Bush. Certains sont un peu critiques et un seul se montre totalement opposé (1)

Je n’ai pas ce pouvoir sur vous mais je peux influencer votre positionnement en ne vous proposant que 2 réponses possibles dont une difficilement tenable…

Le monde est très rarement binaire, il est donc complexe. Ce qui en fait sa beauté… et la difficulté de l’appréhender globalement. (divulgachâge : c’est carrément impossible !)

Je voudrais donc vous proposer une « trousse à outils » pour mieux décrypter notre environnement informatif et détecter les anomalies de raisonnement qui en découlent.

Ok, ok ! Mais c’est quoi cet esprit critique ? C’est du sérieux ?

C’est une nouvelle tendance new-age venue de la pampa argentine… (non).

Pour appréhender le monde, nous avons développé une méthode avec quelques règles simples qui permet de trier le vrai du faux, de pouvoir prédire l’avenir avec une grande certitude, qui est reproductible dans presque toute situation et qui est indifférente à nos variations interpersonnelles.

Wow !

Elle a été réfléchie par quelques personnes peu connues (Galilée, Newton, Einstein…)

Rien que ça ?

Eh oui, l’esprit critique est une des applications de la méthodologie scientifique à des fins de tri de l’information.

Esprit critique en primaire : la méthode scientifique

Mais rassurez-vous, point de formules compliquées à maitriser. Nous avons en nous la connaissance qu’il existe des lois naturelles et nous pratiquons la méthode scientifique de façon intuitive (un ballon lancé en l’air va retomber, et en le voyant partir, vous prévoyez où il va tomber = vous faites de la mécanique newtonienne). Parfois, c’est plus complexe et il faut passer plus d’attention à comprendre le phénomène.

Alors on conscientise notre sens critique avec méthode logique : la pensée scientifique.

Et ça fonctionne tout le temps ?

Non, évidemment.

Déjà, nous n’en avons pas besoin tout le temps : Avec notre ballon, l’intuition suffit à jouer au foot, au hand ou autre. Si vous regardez ou lisez une fiction, ce qui s’y passe est hors champ d’une analyse scientifique. Quoique… certains scientifiques analysent, pour s’amuser, des oeuvres de fiction (Roland Lehouq, Faire de la physique avec Star wars).

Ensuite, des champs entiers des disciplines humaines ne sont pas scientifiques (littérature, spiritualité, arts, lois, finances, apprentissage, bien-être) ou sont à la marge.

Notre méthode critique s’applique donc à des champs restreints : lorsque nous devons trier des informations impliquant de vérifier la crédibilité de faits du monde physique.

Elle a 2 cibles :

Nos propres biais d’interprétation du monde : les biais cognitifs.

Les erreurs et mensonges dans les messages qui nous arrivent : fake news, mensonges politiques, arnaques… qui pullulent sur la toile.

Nos petites têtes blondes (quelle expression ridicule au final, pourquoi devraient-elles toutes êtres blondes ? Et aux Antilles, Guyane et Réunion, ça marche aussi ? #esprit critique 😉 ) risquent de s’emmêler les pinceaux ! Il faut les protéger !!!

Voilà pourquoi il me semble important d’enseigner l’esprit critique en primaire !

N’hésitez pas à me faire part de votre avis en commentaire. Anecdotes, interrogations, partages…

C’est aussi par un esprit communautaire que nous progresserons le plus dans le but de préparer les enfants à appréhender le monde. Et venez enseigner l’esprit critique en primaire…

Bibliographie et sources :

(1) Bechrouri, I. (2018). La « guerre globale contre la terreur » : un discours contre-productif pour la lutte antiterroriste. Les Champs de Mars, 30+S, 479-489. https://doi.org/10.3917/lcdm.030.0479 (retour au texte)

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