Ep1 – Le scepticisme en sciences

Bébé iguane

« La science, c’est le doute », « Les scientifiques disent eux-même que la vérité n’existe pas »…

Croire à la science ou pas est devenu une question éminemment politique, sans doute celle qui va décider de l’avenir du monde

Eva Illouz, Sociologue

Ce principe de scepticisme scientifique est mal interprété et amène son lot de défiances d’une partie de la population.

Pourtant, c’est un principe fondateur de la démarche scientifique.

Décryptage

PS : Je n’ai pas trouvé à illustrer scepticisme alors je vous mets une photo de mon iguane bébé…

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le deuxième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Le doute en science ≠ douter de la science

Il est primordial de remettre à plat le concept de doute scientifique. Sa fonction, son utilité, sa signification et … sa puissance à construire une science solide, fiable et sure.

Pour cela, je vais aussi explorer son pendant sociétal : le doute en la science.

Le doute en science

C’est un principe fondateur de la science : douter soulève des questions donc appelle à des explorations pour trouver des réponses.

C’est aussi un moyen correctif : Nous avons une représentation du réel grâce à la science, mais à quel point le réel est véritablement ce que nous en savons ? Remettre en cause nos connaissances scientifiques permet d’affiner celles-ci, les conforter si la somme des expériences et observations sont conforme au modèle que nous avons construit du monde ou de chercher une meilleure explication du réel s’il y a tension entre nos théories et nos expériences ou observations.

Le scepticisme scientifique est donc un moteur pour avancer dans les connaissances, pas du tout un aveu de faiblesse de la démarche.

Le doute en la science

La science évolue en se complexifiant, elle devient hermétique à la compréhension des non spécialistes qui du coup l’ignorent ou la remettent en doute.

Les découvertes fondamentales mais éloignées de notre quotidien sont simplement ignorées (la découverte du boson de Higgs, par exemple)

Les découvertes impactant notre quotidien sont remises en cause, sont jaugées à équivalence du « bon sens » de certains (cas du réchauffement climatique, par exemple)

Des scandales politico-scientifiques ou scientifico-économiques ajoutent à la défiance : Médiator®, gestion de la crise COVID19, le nucléaire, les OGM…

Il y a confusion entre ce que découvre la science et ce qu’on en fait dans la société.

La découverte de la radioactivité a permis à la fois de bénéficier de radiographies, scanners médicaux, énergie électrique abondante et de fabriquer des bombes destructrices.

Le problème du nucléaire n’est donc pas un problème scientifique. C’est un problème sociétal dans lequel la science apporte des connaissances. Le choix d’en faire une bombe, une centrale ou de ne rien en faire est un problème politique et économique.

Peut-on faire confiance à la science ?

Cela dépend de quoi on parle : si la Terre est un globe ? C’est une connaissance consolidée. Le doute scientifique est dans la précision de la perfection du globe et spoiler alerte : la Terre n’est pas un globe… parfait ! C’est un ellipsoïde de rotation, c’est à dire aplati au niveau des pôles. Environ 30 km…sur 12000 de diamètre. Autant dire que c’est pas loin du globe, mais, en science, ce petit écart est important.

Esc-ce que la Terre toune autour du soleil ? Oui, évidemment. Eh bien non, en fait. Le scientifique doute et propose un autre modèle (et cette histoire est vieille : Copernic a proposé un modèle dans lequel le Soleil trône au centre et les planètes tournent en cercles autour, Kepler énonce que les corps tournent autour d’un centre de masse commun aux 2 astres et que les planètes décrivent une orbite en élipse, presque circulaire mais pas tout à fait…

Quelle importance ? Ceci explique les cycles de glaciations, permet de détecter des exoplanètes…

Alors Copernic a tord, allez hop, poubelle ? Pas si vite, Kepler a juste une meilleure explication du monde que Copernic, mais si vous souhaitez dessiner le système solaire, avec l’incertitude de l’épaisseur du trait de votre crayon, alors le modèle de Copernic est suffisant.

La confiance, ça se mérite. En sciences aussi !

La science est une construction continue des connaissances. Elles doivent former un ensemble cohérent et seules les théories (le plus haut niveau de confiance en sciences) les plus robustes résistent. Mais on sait déjà qu’elles sont probablement fausses, enfin pas tout à fait exactes, perfectibles, ou à changer entièrement pour mieux. Seul l’avenir des sciences nous le dira.

Lorsqu’un scientifique d’aujourd’hui vous dit que la Terre est un globe, il s’appuie sur des observations, expériences, théories construites par de nombreux chercheurs depuis l’antiquité. Le concept même de science date de la Grèce antique et fait partie intégrante de la philosophie de l’époque.

La science moderne, au sens qu’on lui reconnait actuellement est née avec Galilée (1564-1642) et a été construite par une succession de chercheurs plus ou moins illustres jusqu’à aujourd’hui. Son évolution est encore à l’oeuvre dans nos labos.

Les connaissances accumulées forment un socle sur lequel s’appuyer et une base de certitudes à remettre en cause (ou en tout cas, on peut essayer).

Les limites de la confiance dans les sciences

Il existe une frontière entre les connaissances plus ou moins fortement consolidées et l’inconnu scientifique : c’est la recherche. C’est une zone où les connaissances ne sont que partielles, fragiles. Une zone où peuvent cohabiter des incohérences… Les théories y sont en cours d’élaboration, sont en compétition pour être le meilleur modèle de représentation du réel et sont impitoyablement soumises aux observations, aux expériences… Une bonne théorie doit être prédictive, c’est à dire annoncer quelque chose d’inédit; que l’on va chercher, évidemment. Cette partie de la science ne se fonde pas sur rien, mais reste spéculative. Théorie des cordes, matière noire, énergie noire, vie extra-terrestre… Mais est-ce bien de la science ?

Évidemment ! Il s’agit bien de la démarche par laquelle on construit des connaissances sur le réel. C’est juste encore trop tôt pour avoir des certitudes sur la véracité (et pas la vérité) de ces théories.

La science teste en permanence la pertinence de ses acquis

Alors retournons sur les savoirs consolidés. C’est bon ? C’est gravé dans le marbre ? Eh non !

Chaque observation, chaque expérience, chaque degré de précision des mesures sont prétexte à remettre en cause les théories admises.

Le développement informatique teste la physique quantique, le GPS teste la relativité générale.

La découverte du boson de Higgs conforte le modèle standard de la physique des particules. La mesure d’ondes gravitationnelles confirme les prédictions de la théorie d’Einstein, avec pour conséquence complémentaire d’attester de la réalité de l’existence de trous noirs. Et si ce n’avait pas été le cas ?

Une brèche se serait ouverte vers une théorie modifiée voire carrément supplantée par un nouveau modèle du monde. Mais ça, c’est une autre histoire… à retrouver demain sur mon blog

Sources

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

  • est-ce une bonne idée ?
  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?

J’attends vos commentaires.

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4 commentaires

  • C’est un concept intéressant, oui au scepticisme constructif. Être dans le questionnement et ensuite rechercher. J’adhère 😉

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    • Ce concept est le principe fondateur de la science. Richard Monvoisin, prof d’université, encourage ses étudiants à douter de ses propres cours.

      Répondre
  • Je découvre ton blog avec cet article ! Merci d’ailleurs ! C’est super chouette de voir un nouveau blog orienté esprit critique/science ! Je vais suivre ça de près 🙂

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    • Merci, ce sont ces commentaires qui me motivent. Je suis d’accord avec Etienne Klein : avoir des connaissances scientifiques sans savoir comment on les a trouvées ce n’est que de la croyance. Il faut savoir comment on sait ce qu’on sait.

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