Ep8 – Les experts : Cas pratique d’esprit critique

Masque et Covid

Aujourd’hui c’est mise en situation.

Je vais décortiquer pas à pas une étude de cas, polémique au rendez-vous mais tranchée par la science ! Alors embarquez dans le vaisseau « démarche scientifique ».

Nous allons faire un voyage à la frontière entre science, politique et société.

Attachez vos ceintures…

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le huitième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Science et hommes de science

J’ai déjà abordé le fait que les hommes composant la science sont … des humains… faillibles.

La science prend du temps

Je l’ai déjà relevé, acquérir des connaissances au plus proche de la vérité naturelle est un processus loooooonnnnnggg… Il faut du temps pour collecter les données, en sortir des résultats, publier, faire relire les travaux, que d’autres équipes fassent un travail similaire, que les experts se mettent d’accord entre eux, qu’on compile les résultats d’un grand nombre de travaux, qu’une tendance nette sorte du lot et qu’elle devienne la meilleure explication sur le sujet… jusqu’à preuve du contraire !

Le scientifique expert dans ce processus scientifique

Le scientifique humain, docteur en sa matière, est un maillon de la démarche entière. La fiction du scientifique seul dans son labo qui découvre ce qui va changer le monde à lui seul est … de la fiction.

Cet humain expert de son domaine, fut-il professeur ou Nobel, reste un humain dans le processus scientifique.

Il ne faut donc pas confondre parole d’expert et consensus scientifique. Et pour nous, ce n’est pas facile. Un expert se fait une idée de ce qui devrait fonctionner et cherche, développe son concept. Il s’implique fort et souvent manque de recul par rapport à l’hyper spécialisation de son domaine de recherche. Il va donc affirmer et asséner ce que lui pense avoir découvert, et le défendre auprès des autres experts qui devront reproduire ses travaux pour confirmer ou infirmer les conclusions de notre expert.

L’expert et le débat publique

Un expert est sollicité par les journalistes pour exposer son avis (d’expert).

Si celui-ci est conforme à l’état de l’art du domaine, alors les informations données seront fiables et colleront à la réalité scientifique mais si ce même expert parle de ses recherches non validées par ses pairs, alors il peut répandre de fausses informations (que lui croit vraies) par manque de confirmation dans le processus scientifique.

Pour rappel rapide, le monde empirique est hermétique aux avis ou croyances. Il a un fonctionnement réel qui nous échappe. C’est à la science de tenter d’approcher ses connaissances du fonctionnement réel du monde. Nos avis, intuitions, opinions ou croyances n’ont aucune sorte d’influence sur le réel.

Et si on attend une réponse ?

Et bien il faut attendre la réponse, activer la recherche pour espérer trouver plus vite mais attendre quand même.

Oui, mais pour le 20h de ce soir, on aura une réponse ?

Pas de la science, mais l’avis de l’expert invité…

C’est flou ? Ok, prenons une situation bien réelle.

Un nouveau virus respiratoire contamine la planète humaine (c’est une pandémie). Confinement, saturation des hôpitaux… Les dégâts sont nombreux alors il faut trouver des traitements.

Les virologues sont consensuels, il faut :

  • Chercher à développer des vaccins
  • Essayer de trouver un traitement pour ceux qui sont atteints
  • Lutter contre la propagation du virus

Premier point : il faudra au moins 1 an pour développer un vaccin, en sachant que ce n’est pas gagné. Contre le VIH, on cherche un vaccin depuis les années 1980… Mais la famille des coronavirus a déjà fait l’objet d’études suite au SRAS, au MERS… On a des bases. Ok, les labos capables de développer un vaccin vont y mettre tous leurs moyens. Top

Deuxième point : nous devons essayer des traitements qui pourraient avoir un effet sur le SARS Cov II. On a une liste de quelques molécules « prometteuses ».

Il va falloir conduire des essais cliniques fiables rapidement pour mettre en évidence un effet éventuel d’un de ces traitements.

Les réanimateurs ne sont pas en reste et tentent d’améliorer la prise en charge symptomatique (c’est à dire les traitements qui contrent les symptômes, pas la cause).

Troisième point, pas le choix, en attendant vaccins et traitements, il faut ralentir la progression du virus et prendre des mesures sanitaires globales : Confinements, masques, distanciation, fermetures des lieux « non essentiels »… Mais vous savez de quoi je parle. En parallèle il faut tester, tester, tester… cartographier, surveiller, évaluer, pister. Plus chercher des variants éventuels…

Alors arrive l’expert sauveur du monde…

Un professeur d’infectiologie prône un traitement pour lequel il est persuadé d’avoir trouvé un effet. Ok, super !

Mais au lieu de fournir à ses pairs internationaux des données utilisables pour faire avancer le processus scientifique, il s’adresse au peuple et aux médias.

D’un look rebelle, d’une assurance d’aplomb, d’un verbe verbeux, il vend à qui veut l’entendre que SON traitement est LE traitement, il le sait, lui, expert international. Sauf que ses pairs sont critiques… ils restent dans la démarche scientifique et trouvent les arguments de notre expert peu convaincants. Bref, il en faut plus. Démarrons des études alors. Mais les patients ne veulent pas autre chose que LE traitement. Pas possible de tester d’autres molécules, pas possible de chercher le réel ! Des gouvernants (politiques, pas infectiologues donc) prônent CE traitement… sans preuve de son efficacité. Et c’est comme ça que Trump a pris de l’hydroxycholroquine préventivement…

Les journalistes interrogent des passants « Est-ce que LE traitement fonctionne ? »

  • 59%, près de 60% – SOIXANTE POUR CENT – des sondés pensent que le traitement est efficace alors même qu’aucune étude n’a rendu ses résultats !!!
  • 20% pensent que ça ne fonctionne pas. Sans résultats d’étude non plus
  • 21% ont suspendu leur jugement et disent ne pas savoir… Comme 100% des experts à ce moment là (sauf un expert évidemment…).
  • Près de 80% des personnes ont un avis sur quelque chose dont la science n’a aucune idée…

Et la science fournira ses résultats, globalement, 60% des sondés ont tort et 20% ont eu un coup de bol !

Didier Raoult est il un charlatan ?

Non, pas nécessairement, je vous répondrai en suspendant mon avis aux conclusions des enquêtes en cours… je n’en sais rien.

Il est possiblement atteint de « Nobel disease ». Il est certainement un excellent infectioloque mais un mauvais epistémologue (scientifique qui étudie comment on fait de la science. Expert en méthodologie de recherche). Chacun son métier…

Peut-on éviter cette situation ?

Oui, on peut en tout cas rester prudent et s’appuyer sur ces principes que vous commencez à bien connaitre :

  • Face à une affirmation extraordinaire :
    • Je suspends mon jugement
    • J’attends des preuves plus qu’ordinaires
  • Sur un avis d’expert :
    • Je ne suis pas expert moi-même donc je cherche l’avis d’autres experts : un avis allant contre l’avis général des autres experts allume mon voyant « !!! prudence !!! »
    • Je me souviens du Nobel disease…
    • J’attends un consensus

Ceci nous amène à ce qu’est le niveau de preuve en sciences.

Comme la grenouille dans son bocal, demain on parlera de l’échelle des preuves en science.

Sources

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

  • est-ce une bonne idée ?
  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?

J’attends vos commentaires.

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