Ep7 – Illustrations d’esprit critique

Exploratrice de l'esprit critique

Maintenant que vous commencez à avoir les bases de l’esprit scientifique, nous allons à la fois réviser et aiguiser votre esprit critique en explorant la frontière entre 2 mondes.

Explorateurs, exploratrices, bienvenue dans la jungle journalistique peuplée de dangereux raccourcis et manque de méthodologie pour vendre du papier !

Chapeau en cuir, couteau à la ceinture, pantalon à poches latérales et sac à dos… c’est bon ? Vous êtes prêts ? Sortez vos cartes et boussoles, c’est parti…

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le septième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Science et opinion publique

Une façon de traiter journalistiquement la science est de la mettre au même niveau que l’opinion publique.

Des articles de presse titrant « Pensez-vous qu’Einstein ait raison ? Nos temps sont-ils vraiment différents ? » laissent penser que le bon sens publique « vaut » la théorie d’Einstein.

En fait il y a confusion entre monde empirique (le monde réel dans lequel nous vivons) et le monde démocratique (le monde social, politico-économique qui évolue DANS le monde empirique)

La science explore le monde empirique. Celui-ci existe indépendamment de nous et fonctionne selon des lois que nous ne connaissons pas.

La science tente de trouver une lecture la plus proche possible de ces lois empiriques. Les objets tombent vers la Terre, c’est empirique ! Comment ? Newton a proposé une bonne solution mais Einstein a trouvé plus précis, plus « vrai », nos connaissances s’approchent du réel sans l’atteindre. Les lois d’Einstein sont déjà en tension dans certaines situations précises et nécessitent d’autres lois.

La science n’avance pas de façon linéaire

Toutefois, chaque approche étant radicalement différente, nous sommes ne pouvons pas dire qu’il s’agisse d’une compréhension linéaire de plus en plus vraie. Juste que les lois d’Einstein sont plus précises et prédictives que celles de Newton. Elles décrivent mieux le monde.

Je vous explique : Chez Newton, la gravité est une force s’exerçant à distance entre 2 corps. L’espace et le temps sont immuables et tout événement, tout objet observé se passe dans l’espace, à un temps donné.

Chez Einstein, la gravité n’est plus une force. L’espace et le temps fusionnent en une seule entité : l’espace-temps.

Les objets massifs « tordent » l’espace-temps qui donne alors en retour une certaine trajectoire aux objets. Pour Einstein, la Terre va en ligne droite dans un espace temps courbé par la masse du Soleil, donc elle suit cette courbe et fait une orbite. L’univers devient un objet physique et il existe une vitesse limite infranchissable : la vitesse de la lumière.

Le concept est carrément différent !

Et la théorie suivante pourra-t-être aussi conceptuellement séparée de Newton et Einstein

La science prend du temps

Il faut faire des observations posant question, élaborer des théories pour y répondre puis observer, expérimenter pour éliminer les théories les unes après les autres. Alors on corrige certaines théories, etc.

Puis une théorie mature résiste aux expériences, confirme les observations, prédit des choses qui se vérifient… Elle devient une théorie consensuelle. On continue à la questionner, la tester, l’éprouver mais elle est considérée comme la meilleure explication au moment présent. On trouve les limites de la théorie mais on l’utilise tant qu’on n’a pas meilleure explication du monde.

Le journalisme cherche des opinions, des avis

Et ce faisant, c’est totalement adapté pour évaluer le bien-fondé d’une politique, d’une orientation de la société… Car tout est négociable, amendable dans ce monde démocratique. Sauf que celui-ci est inclus dans le monde empirique. Il répond à ses lois naturelles.

Si un journaliste s’empare d’une question scientifique (pensez-vous que les masques soient utiles ?), il demande des avis à des personnes qui vont s’empresser d’émettre leur jugement. Mais le virus, lui, il n’en a rien à faire ! Si les lois naturelles lui permettent de contaminer par les gouttelettes, les opinions de Donald Trump le laisse indifférent ! Et si, par l’expérience, des scientifiques disent que le masque type FFP1 protège à 85% les porteurs d’une contamination, le virus ne va pas manifester devant un ministère avec une pancarte « Non aux gestes barrière ! Tralalalalèèèèèèèèrre !!! ». En complément, lisez mon article COVID, le masque ne protège pas ?

Cette zone frontière du monde démocratique doit être traitée à sa juste valeur.

Le journalisme scientifique est avant tout une forme de vulgarisation des sciences (en tout cas devrait l’être). « Le virus est fortement freiné par le port de masques (partie empirique, forme affirmative plus ou moins nuancée en fonction de la confiance scientifique accordée à l’affirmation. Factuelle, pas d’opinion). Comment pensez-vous vous adapter au port de masque dans votre quotidien ? (Partie démocratique, sujette au sondage d’opinion, avis, etc.) »

Les mondes empirique et démocratique n’ont pas le même poids !

Vous savez quoi ? Dans le modèle standard de la physique des particules, il n’y a pas de bosons « police » des états quantiques. Il n’y a pas de radars qui flashent les photons tentant de dépasser la vitesse de la lumière…

Les lois naturelles s’imposent à nous et nous ne pouvons pas tricher.

Les lois humaines nécessitent des contrôles, enquêtes, justice et sanctions.

Certains passent toutefois à travers et les lois elles-mêmes diffèrent d’une société à l’autre et évoluent dans le temps.

La théorie de la relativité générale est tout sauf relative ! Elle fixe les limites structurelles de l’univers, elle décrit le fonctionnement physique quelque soit l’observateur et seule la position de l’observateur dans l’espace temps est relative à l’univers, c’est à dire qu’en fonction de sa position et de sa vitesse, l’observateur pourra percevoir différemment le même événement qui se produit, lui, de façon absolue.

Il y a donc hiérarchie des mondes et ne pas le prendre en compte décrédibilise la science auprès du public pour de mauvaises raisons.

La science à donc toujours raison ?

Non, les lois naturelles fonctionnent quoi que vous en pensiez, quoi qu’en pensent les scientifiques. Et la science a l’humilité, dans son ensemble, de reconnaitre n’être que la meilleure représentation du monde empirique qu’on ait à ce jour. Ce qui est un exploit ! Et ce n’est pas à remettre en cause dans notre monde démocratique. Les lois scientifiques consensuelles fonctionnent hyper bien et nous permettent le développement de nos smartphones – un concentré de physique ce truc là : électromagnétismes des réseaux sans fil, physique quantique des processeurs, GPS ou Galiléo (un peu de chauvinisme européen de temps en temps, ça fait du bien) qui allient lois de Newton pour envoyer les fusées, corrections de la déformation espace-temps entre nous et les satellites grâce à Einstein, électrochimie des batteries, mathématiques des app, optique des caméras…

Par contre, les scientifiques sont des humains, faillibles êtres au jugement réflexe, à l’égo plus ou moins développé, dont certains, qui par appât du gain (financier ou de réputation) sont prêts à falsifier leur lecture des lois naturelles. Et plus on est à la frontière des connaissances, plus c’est faisable…

Sans oublier une pathologie spécifique aux élites de la science : le « Nobel disease » – la maladie des Nobels. Ils sont plus d’une trentaine à avoir perdu pied et se sont attachés à défendre des théories fumeuses, complotistes, racistes…

On verra par la suite que la parole d’un expert, soit-il Nobel, n’est qu’un avis. Il est à accepter qu’avec prudence. Tout dépend ce qu’on en fait. D’ailleurs, en justice, il est souvent demandé des contre-expertises…

La science est une construction solide

Malgré tout, la science prise dans son ensemble est une construction humaine formidable et universelle. Des chercheurs asiatiques, américains, européens ou africains parlent le même langage, explorent la même réalité et construisent un seul corpus de connaissances selon une seule méthode conçue pour lisser les biais humains dans la démarche scientifique.

Alors, oui, à la marge, on trouve des triches, biais, imprécisions, conflits…

Mais avec le temps, avec les expériences, les observations, le raffinement théorique un consensus émerge (en fait 2, je les détaillerai dans un article à venir). Ce sont 2 phases de la science : la recherche (incertaine, spéculative) et les connaissances consolidées (fiables et universelles).

Demain, c’est étude de cas ! Un exercice pour réviser tout ce qu’on a vu jusqu’ici.

Sources

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

  • est-ce une bonne idée ?
  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?

J’attends vos commentaires.

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