Ep34 – Ais-je subi un biais de surconfiance ?

Biais de surconfiance

Nous avons vu, précédemment, un certain nombre de biais cognitifs à détecter en esprit critique. Mais mieux que de les détecter chez les autres, leur connaissance nous permet d’évaluer la construction de nos propres opinions en évitant les biais.

Mais moi, en aie-je été victime dans ma vidéo d’hier ?

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le trente-quatrième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Une vidéo tournée un peu trop vite ?

J’ai tourné les séquences de ma vidéo « Le plastique, c’est fantastique » le matin même de sa publication. Après le montage, l’export de ma première vidéo.

Du coup, j’ai énoncé des données que je croyais valides. Mais tout est-il juste ?

En revoyant mon propre travail, j’ai eu un réflexe de « septique » et j’ai été chercher quelques informations pour confirmer que je ne disais pas n’importe quoi.

Une compréhension un peu trop légère du recyclage…

Un article du Monde, que j’ai cité dans le billet de blog accompagnant la vidéo, m’apprend qu’en fait, non, on ne sait pas recycler le plastique plus d’une fois, et encore… ce n’est pas (uniquement) un problème de coût. C’est un problème lié aux plastiques eux-mêmes.

Mais pourquoi cette erreur ?

Oh, je pourrais m’en vouloir et me flageller ou au contraire chercher un mille-feuilles argumentatif pour me dédouaner. Mais non, le mieux est de reconnaitre la faiblesse de mon argumentaire et de le corriger.

J’ai subi un biais de surconfiance !

D’abord, une correction de l’erreur :

Le plastique, ou plutôt les plastiques, sont des longues chaines de composés organiques (polymère) formant un maillage assez lâche. On y ajoute des adjuvants pour améliorer les qualités de l’objet. Mais ce que j’ignorais, c’est qu’on peut avoir plus d’adjuvants que de polymère dans la matière finale.

Or, de très nombreux adjuvants ne sont pas autorisés en contenants alimentaires.

S’il suffisait de « fondre » les plastiques pour obtenir une matière première identique à celle d’origine, alors mon argumentaire tiendrait la route.

Le verre recyclé est fondu et donne un verre identique à la matière première d’origine, idem pour les métaux : fondus ils redeviennent du métal directement réutilisable.

Les plastiques ne se recyclent pas !

Le recyclage des plastiques est une utopie. Certains sont cyclables une fois pour donner des matériaux de moindre qualité. C’est pourquoi le plastique recyclé est forcément mélangé à du plastique neuf.

L’autre destination des plastiques recyclés est la transformation en matière plastique de basse qualité pour des usages secondaires comme des matériaux d’isolation, des objets pour lesquels on a moins d’exigences (cintres en plastique) qui eux ne se recyclent pas !

Une analyse du biais de surconfiance

Ce biais de surconfiance est présent dans l’effet Dunning-Kruger dont j’ai déjà parlé.

Effet Dunning Kruger

J’ai sur-évalué mes connaissances. Je me suis retrouvé au pic de la stupidité. Non que je sois moi-même stupide, enfin je ne le pense pas… mais bien que mon positionnement expert est stupide en regard de mes faibles compétences.

Je débute un cycle de vidéos sur un sujet nouveau : le plastique dans les océans. J’ai des connaissances de base et hop, je me lance.

Pour écrire un article, il me faut en général entre 3 et 5 heures de recherches, lectures, visionnage de conférences.

Mais là, pas le temps techniquement. Pour répondre à mon défi, je dois publier un contenu par jour. Alors je produis ce contenu avec un minimum de recherches. Sans chercher à confirmer les informations que je vous transmets.

Et l’hypothèse proposée est cohérente : on sait recycler le plastique mais c’est plus cher que d’en produire du nouveau. Il n’y a pas de faille de raisonnement.

D’où vient cette surconfiance ?

Pas assez informé, informations proposées cohérentes et pas assez de connaissances pour voir mon incompétence à traiter ce sujet.

J’étais clairement en plein pic de stupidité.

Alors rassurez-vous on y passe tous.

Nous DEVONS avoir un avis sur tout lors de notre représentation sociale.

Nous posons nos avis sur un minimum de connaissances acquises au grès des informations reçues, sans en vérifier la véracité.

En soi, ce n’est pas grave, sauf si on a prétention de prendre la parole en public.

Et la vallée de l’humilité ?

Je suis tombé en plein dedans en faisant mes recherches après coup…

Et là il y a une attitude à avoir : être humble et reconnaitre son erreur.

C’est le seul chemin qui mêne à la connaissance du réel et donc à l’expertise dans le domaine traité.

Le fait de se trouver des excuses nous plante au sommet du pic de stupidité et se flageller nous entraine au fond de la vallée de l’humilité et nous fait abandonner le sujet.

Où en suis-je ?

Je suis descendu du pic de stupidité, j’ai erré un peu dans la vallée de l’humilité et je remonte la pente de la connaissance, conscient de mes limites.

Comment se prémunir du biais de surconfiance ?

C’est assez simple, en fait :

Appliquer la méthode septique.

  • Avoir un doute raisonnable sur les sujets qu’on aborde, ce qui m’a fait chercher des sources d’informations après coup.
  • Suspendre son jugement lors des recherches pour ne pas tomber dans un biais de confirmation. C’est être ouvert aux arguments contraires aux siens et analyser tous les faits de façon neutre. On juge après cette prise de connaissances.
  • Accepter de se tromper. La science avance avant tout par l’erreur : Toute hypothèse expliquant un phénomène est valable à étudier. Pourtant une seule s’approche du réel empirique. Et même cette hypothèse sera détrônée plus tard par une nouvelle hypothèse qui répondra mieux à l’observation du réel.
  • Acquérir les connaissances et compétences nécessaires pour ne plus être novice du sujet traité.
  • Ne pas oublier qu’être expert dans un domaine n’est pas transposable dans un autre domaine de connaissance.

Et la vallée de l’humilité ?

C’est encore plus simple : c’est ce moment où on découvre qu’on ne sait rien :

  • Tout est plus complexe que ce qu’on pensait.
  • Il y a des subtilités qu’on n’avait pas saisi.
  • Les experts du domaine sont vraiment plus compétents que moi.

Et que fait-on ?

Soit le sujet ne nous intéresse pas vraiment et on s’abstient d’avoir un avis. Ce n’est pas se positionner au milieu, mais vraiment savoir affirmer « Je n’en sais rien ! ». En tout cas, on sait se ranger aux avis d’un vrai expert.

Soit le sujet nous intéresse et … on apprend, on se renseigne, on progresse dans la compétence à traiter du sujet.

Illustrer cet effet Dunning-Kruger

Lorsqu’on découvre une nouvelle discipline, on acquiert rapidement les bases (quelques prises de judo ou les accords de guitare) et on prend confiance (trop) car on en sait juste un peu plus, mais quand même plus, que tout ceux qui ne pratiquent pas. Puis en progressant, on se rend compte que pour aller plus loin, il faut autre chose que les bases (des enchainements de prises au judo ou des accords barrés en guitare). Alors on se forme (on passe ses ceintures de judo ou on travaille des partitions de plus en plus exigeantes en guitare) jusqu’à devenir réellement compétent.

La sous confiance des experts

A ce moment là, vous êtes ceinture noire de judo ou guitariste dans un groupe et si on vous demande si vous êtes compétent, vous allez vous dévaloriser car vous ne regardez plus le chemin parcouru, mais vous avez conscience de n’en savoir que peu dans des disciplines qui deviennent très vastes à explorer.

Guitariste, vous vous sous estimez en comprenant à quel point Jimmy Hendrix ou Eric Clapton sont bien plus experts que vous.

Judoka, votre ceinture noire ne vous mets pas au niveau de David Douillet ou de Teddy Riner…

L’expert sait (normalement) qu’il en sait peu. Et c’est là qu’intervient la maladie des Nobels : Il sont en haut de l’échelle des experts. Les boss du game !

Et on leur rappelle tout le temps. Alors ils vont être sujets à un effet Dunning Kruger dans tous les domaines pour lesquels ils sont incompétents et où ils se sentent compétents du fait de leur sur-expertise de leur domaine.

Une expertise ne se transpose pas dans un autre domaine.

Ça m’arrivera encore, mais c’est pas grave si je m’en rends compte

Au final, il faut être tolérant avec soi-même.

Et on peut l’être à partir du moment ou on se positionne

  • soit en « ne sachant pas »
  • soit en apprenant.

L’esprit critique s’applique à soi-même

En effet, savoir utiliser l’esprit critique face aux affirmations qu’on vous propose c’est bien pour trier les informations que vous faites entrer dans votre esprit.

Savoir utiliser l’esprit critique dans ce que vous faites des informations du tri précédent, c’est bien pour la façon que vous aurez de transmettre vos connaissances.

Alors exercez-vous à détecter vos propres biais…

Sources

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

  • est-ce une bonne idée ?
  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?

J’attends vos commentaires.

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