Ep18 – Vaccin AstraZeneca, confiance ou pas ?

Vaccination

En général, la science ne commente pas l’actualité, car il faut … du temps à la science. Ceci dit, je prends un tout petit recul pour vous parler du vaccin britannique contre le COVID. Oh, je ne vous donnerai pas mon avis, c’est pas que je n’en ai pas, mais vous allez comprendre si vous lisez la suite…

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le dix-huitième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Contexte

Le COVID sévit en France depuis plus d’un an, on est à l’anniversaire du premier confinement. L’espoir repose sur des vaccins développés en un temps record puisque les meilleures estimations en mars 2020 parlaient d’un an et demi avant commercialisation.

Bon, plusieurs vaccins ont été approuvés et sont lentement mais surement distribués et administrés (je passe sur les couacs logistiques quasiment inévitables)

Les suspicions contre les vaccins

Le climat général n’est pas au beau fixe pour ces vaccins :

Très attendus par certains, ils sont décriés par d’autres. Et comme à chaque fois, un effet d’ancrage fixe l’avis de toutes les personnes non expertes en vaccins : Soit le vaccin est plébiscité, soit il est décrié. Un biais de la preuve sociale suit pour se caler sur l’avis de son groupe de connaissances. Un biais de confirmation nous fait chercher ce qui conforte notre idée de départ et minimise les infos contraires. Ajoutez un effet Dunning Kruger et tous les incompétents en vaccination sont devenus plus experts que les vrais experts !

Quoi ? Je vous ai perdus ? Ok, je reprends plus calmement :

Les premières infos sur les vaccins COVID

Bah, elles étaient bof, bof… honnêtement.

Moins de 30% d’efficacité, sur des technologies ARN jusqu’ici peu concluantes… La course industrielle lancée entre les labos qui a un goût de business pognon gros sous sous le tapis…

Ces premières impressions arrivent dans des cerveaux stressés par une crise historique. Et c’est normal, on se méfie… Effet d’ancrage (c’est un biais cognitif nous amenants à considérer la première info reçue comme plus importante que les suivantes sur un même sujet). Donc on a tous eu une méfiance de base pour ces vaccins avant même qu’ils sortent des usines…

Choisir son camp

Et là, pas de juste milieu, il faut avoir un avis sur le vaccin ! Pour ou contre.

Alors on se rallie à nos modèles sociaux, notre groupe d’appartenance.

Si on est un peu anti-système, le vaccin devient le mal.

Si on est plutôt à suivre les directives, on attend le vaccin pour soi…

C’est le biais de la preuve sociale

Mais ce n’est pas suffisant à ce stade : Il faut confirmer notre position, donc on biaise notre jugement en cherchant des « preuves » qu’on a raison et en ignorant les « preuves » contre notre position. Et BAM !!! Le bon vieux biais de confirmation.

Et l’effet Dunning Kruger ? C’est quoi ?

Un biais de raisonnement qui fait que nous avons une grande confiance (bien trop grande) sur notre jugement à propos de sujets qu’on ne maitrise pas.

Comme vous le voyez sur ce graphique, il y a un « pic » de confiance lorsque nous débutons un apprentissage puis un creux lorsqu’on comprend que tout est « un peu » plus complexe que ce qu’on imaginais. Si on n’abandonne pas l’apprentissage, alors notre confiance se normalise sur notre expertise.

Effet Dunning Kruger
Effet Dunning Kruger (Arjuna Filips sur Wikimédia) [licence Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International]

Pour 80% de la population au moins, le sujet des vaccins est totalement nouveau. On sait à peu près à quoi ça sert, comment on vaccine, vaguement comment ça marche. Et de ce tout petit corpus de connaissances, nous avons une confiance à défier les experts ! Alors notre avis vaut bien celui du professeur qui passe au journal télé sans nous annoncer grand chose de nouveau…

Les vaccins arrivent enfin !

Et ils sont plutôt efficaces et surs. Cool !

Mais depuis quelques jours, un vaccin en particulier fait parler de lui : AstraZeneca. Le problème ? Une trentaine de patients vaccinés ont développé des thromboses, c’est à dire des caillots à l’intérieur des vaisseaux (en général des veines, mais ça peut être dans les artères ou le coeur). Perso, j’ai pas envie !

Les conséquences ? Phlébites, embolies pulmonaires, AVC… Non, vraiment pas envie… Même sans savoir de quoi ça parle, mon expertise des noms de maladies me dit qu’il ne faut pas avoir ces trucs là !

Alors si j’étais déjà plutôt frileux pour me faire vacciner, ça y est ! Je n’en veux plus !

Super info pour mon biais de confirmation, non ?

SOS Esprit Critique !

Bon, on reprend les bases :

Je suspends mon jugement

Eh, oui, c’est bien la première chose à faire. Intégrer l’info hors de mon jugement. Exit biais de preuve sociale, de confirmation. Je dis qu’à ce stade des informations disponibles, je n’ai AUCUN avis, pas un peut-être oui ou peut-être non. Aucun avis.

Du coup, il faut m’en construire un. Alors que sait-on le 17 mars 2021 ?

Une trentaine de patients vaccinés par le sérum AstraZeneca ont développé des thromboses. Ok, mais sur combien de vaccinés ? Je n’ai pas trouvé l’information formelle mais une estimation circule à 11 millions en Grande Bretagne pour 35 cas de Thromboses (Source France Inter). Intéressant, France Inter précise que pour 10,7 millions de doses, le vaccin Pfizer/BioNTech compte 24 cas de thromboses… Pas si différent, finalement.

Alors, 35 cas pour 11 millions, c’est un peu plus de 3 cas par millions.

On traduit dans la même unité que les infections COVID : Le taux d’incidence sur 7 jours au 17 mars 2021 est de 252,5 pour 100 000 (Source Santé Public France) contre 0,3/100 000 thromboses liées aux vaccins…

Alors satisfaits de la démo ? Produits en croix de base et hop, vous voyez ? J’ai suspendu mon jugement et donc aboli les biais d’ancrage, de preuve sociale et de confirmation !

Quoi ? Mon raisonnement n’est pas bon ? Cool, y-en-a qui suivent !!!

En effet, il ne suffit pas d’aligner quelques chiffres et hop, on devient expert en épidémiologie vaccinale ! Eh non. Quoi, certains n’ont pas vu les biais de raisonnement ?

On ne s’improvise pas expert !

Eh non, non, non !

Mes calculs sont justes mais comparent des torchons et des serviettes :

  • Premièrement, j’ai pris un effet secondaire symptomatique, comparé à un taux d’incidence dont 80% sont asymptomatiques. (Balance qui penche en défaveur du vaccin)
  • Ensuite, j’ai omis le facteur temps. Eh oui, le taux d’incidence est pour 7 jours. Il faut donc le cumuler avec tous les taux d’incidences hebdomadaires depuis la vaccination jusqu’à la fin de l’épidémie. Impossible ! Je ne lis pas dans les boules de cristal. (Et là ma balance va franchement en faveur du vaccin !)
  • Et même comme ça, le vaccin va sauver des vies, je n’en tiens pas compte non plus.
  • Chaque vacciné augmente l’immunité de groupe et donc fait diminuer le taux d’incidence futur.

Ok, ok, je ne suis pas statisticien, ni épidémiologue. Je reconnais ne pas être compétent pour cette comparaison mais au moins je sais qu’il ne faut pas aller à cette simplicité : J’ai oublié d’effacer l’effet Dunning Kruger. Maintenant, je suis remis à ma place.

Quoi penser du vaccin AstraZeneca, alors ?

Simplement que les informations correctes (France Inter, France24) insistent bien sur le fait que le lien entre thromboses et vaccin ne soit pas fait. Rappelons-nous que les premiers vaccinés sont les personnes les plus fragiles, âgées ou malades… Alors que le taux de thrombose dans cette population soit plus élevé que dans la population générale, ce n’est pas étonnant. Il y a corrélation mais pas forcément causalité :

Le groupe vacciné présente plus de thromboses que la moyenne mais on ne peut pas dire « le vaccin provoque des thromboses ! ». L’âge est peut-être un facteur commun plus pertinent.

Ensuite on a vu que le taux de thromboses est à peine plus faible avec le vaccin Pfizer/BioNTech. N’incriminons donc pas précipitamment AstraZeneca.

Les autorités ont suspendu la vaccination avec ce sérum en attendant plus d’éléments sur cette histoire de thromboses. En gros, on est en train de compiler toutes les données en une méta-analyse d’urgence pour aider les experts à poser un consensus sur la marche à suivre. Cool, vous êtes armés pour suivre cette actualité.

Mon positionnement sur le vaccin AstraZeneca

Quoi ? Mais tu nous as dit que tu ne nous dirais pas si tu es pour ou contre le vaccin !

Pas besoin : Je reconnais mes limites de compétences à traiter le sujet et je m’en remets aux experts, surtout en consensus.

J’ai bien restitué l’information et du coup, je ne peux qu’être mesuré dans mon envie de juger hâtivement le vaccin.

Donc, aujourd’hui, j’ai suspendu mon jugement de cette info et j’attends l’avis de l’Agence Européenne du Médicament qui doit arriver … demain.

Je ne vous donne pas mon avis car je n’en ai pas, pour le moment…

En tout cas, je n’ai pas oublié de tirer le signal d’alarme « !!! Suspendre son jugement !!! »

Sources

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

  • est-ce une bonne idée ?
  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?

J’attends vos commentaires.

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Un commentaire

  • Moi aussi je suspens mon jugement, en quoi que ce soit 🙂 Et j’évite de me faire vacciner. Aussi longtemps que possible !
    Merci Tof pour tes explications

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