Ep15 – Vos connaissances en science

Pile de livres et singes

Un petit point de l’essentiel acquis précédemment

On a vu que la science est une méthodologie d’acquisition de connaissances expliquant le réel. On a survolé l’esprit critique, la zététique et des points de méthodologie scientifique. Avant d’aller plus loin, résumons les points importants de notre première partie du voyage

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le quinzième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Le scepticisme en science

Ce n’est pas douter de tout, mais bien d’être conscient qu’on est peut-être dans l’erreur.

La Terre est un globe, c’est acquis depuis l’antiquité.

Le doute s’applique à la raison de cette forme, à la précision de ce globe, pas au fait que ce soit un globe, ça on n’en doute plus.

Ce scepticisme permet donc de se poser les bonnes questions, de revoir nos connaissances en tentant de les invalider encore et encore. Seules les propositions les plus solides résistent et on en découvre leurs limites, à partir de quand cette théorie ne peut plus expliquer le réel. C’est alors un nouveau champ de recherche…

Les propositions scientifiques collent au réel

La construction des savoirs scientifiques est un processus créatif d’une grande liberté : Pour expliquer que la Lune tourne autour de la Terre, on peut imaginer un « fantôme » caché derrière qui la pousse, une force attractive qui la fait tomber vers la Terre mais grâce à sa vitesse, elle nous tourne autour ou que c’est l’espace-temps qui est déformé par la masse de la Terre, la Lune va en fait aussi droit que possible dans l’espace-temps courbé…

Mais cette créativité est contrainte par le réel. Quoi qu’on imagine, au final, seules les constructions expliquant au mieux le réel sont retenues.

Le scientifique doit donc douter de ses propres conceptions qui, aussi géniales soient-elles, sont peut-être fausses.

Ce doute permet de s’imposer une humilité face aux savoirs et de tester en permanence les propositions d’explication du monde.

Le principe de parcimonie ou rasoir d’Ockham

C’est plus une méthode pour rendre la recherche efficiente :

J’ai perdu mes clés :

  • elles peuvent être restées dans la serrure, j’ai oublié de les retirer en rentrant de courses,
  • elles sont certainement tombées dans le caniveau lorsque je suis sorti de la voiture,
  • le chien les a avalées,
  • elles sont dans le congélateur,

Où chercher en premier ?

Pas dans le caniveau, puisque j’ai ouvert la porte de chez moi (ou alors, il faut aussi que j’aie oublié de fermer en partant et ne pas m’en être rendu compte en rentrant… lourd en hypothèses…)

Vérifier dans le chien va être compliqué…

Je ne vois pas pourquoi elles seraient dans le congélateur, sauf si je les ai fait tomber rangeant la glace. Ok, pourquoi pas mais… tordu !

Je vais donc chercher en premier sur la porte et si les clés n’y sont pas alors j’irai au congélateur.

Nous venons d’appliquer le rasoir d’Ockham.

Zététique, la science du paranormal

Il existe une science des phénomènes paranormaux : la zététique.

Elle étudie, selon une méthodologie scientifique, les phénomènes inexpliqués en utilisant le doute raisonnable et le principe de parcimonie.

Test de sourciers par expérimentation en aveugle, étude des phénomène OVNI (préférer dire PAN – phénomène aérospatial non identifié), exploration de l’influence de la Lune sur les naissances…

La zététique répond scientifiquement aux phénomènes paranormaux pour peu qu’ils soient testables. Et c’est un objectif parallèle : développer des expériences scientifiques adaptées aux phénomènes rencontrés.

Passionnant !

Suspendre son jugement

La zététique est un parfait exemple de suspension du jugement :

Pour étudier si une voyante prédit l’avenir, on ne peut pas « y croire », on chercherait les preuves que ça fonctionne, ni « ne pas y croire », car après tout, c’est peut-être vrai…

Pour que l’étude soit au plus près de la réalité, il faut accepter les 2 propositions : il est possible que ce soit vrai, comme faux.

Suspendre son jugement n’est pas de se positionner dans un « entre deux » inconfortable, mais bien de dire « à ce stade, je n’en sais rien, donc je ne me prononce pas ».

Illusions et paréidolies

Il est important de savoir que nos perceptions sont fragiles.

Le cerveau reconstruit notre réalité intérieure à partir de multiples perceptions extérieures.

On peut donc être dupés par :

  • les limites des perceptions (on ne voit pas derrière nous, on ne capte pas les ultrasons…),
  • les illusions dans les perceptions (en optique, c’est évident, nos perceptions peuvent être mal interprétés),
  • la reconstruction du réel par notre inconscient,
  • l’interprétation que l’on fait de cette reconstruction,

Bref, le savoir c’est déjà moins se faire avoir !

L’esprit critique

L’esprit critique, c’est la conjugaison de ce qu’on a vu précédemment :

Douter raisonnablement, appliquer le principe de parcimonie, suspendre son jugement et porter attention à notre perception de la situation.

L’esprit critique s’applique bien évidemment en sciences mais aussi dans nos vies quotidiennes. Il permet une lecture plus raisonnée de l’information et donc un meilleur positionnement dans la société.

En gros, on passe de « j’y crois » à « je n’en sais rien ou je sais que … »

Les 2 articles :

Les niveaux de preuves en science

On a vu aussi que certaines « preuves » ne sont au mieux que des indices plus ou moins forts et que les preuves admissibles sont cotées en fonction de leur crédibilité globale. Ce que j’ai illustré avec mes points-preuves.

Une étude ne dit finalement pas grand chose isolée mais conforte des analyses plus vastes.

Les 3 articles :

Science et recherche

Enfin, on a vu pourquoi il ne faut pas confondre science et recherche.

Science ici change de définition pour prendre celle du corpus de savoirs.

On n’a pas légitimité à douter de ces savoirs hormis ce 0,01% qui laisse la porte ouverte à une meilleure explication arrivant de la recherche.

La recherche, quand à elle, est la phase créatrice, imaginaire de ce que peuvent être les réponses aux inconnues du monde empirique.

L’histoire des sciences montre que la créativité scientifique est prolifique et que le réel tranche sur ce qui reste ou pas dans le corpus de savoirs scientifiques.

C’est une construction humaine qui remanie les frontières de la science, des sciences.

La recherche a plusieurs objectifs :

Découvrir ce qui est encore inconnu en marge de toute observation, expérience, théorie en construction.

C’est le terrain de jeu de la science fondamentale, les explorateurs de territoires inconnus qui cartographient de vastes contrées vierges de toute recherche ou si peu traversées qu’on en a qu’une vision parcellaire.

Chercher ce que les théories prédisent.

Par exemple, la relativité générale prédit l’existence d’ondes gravitationnelles, confirmées en 2015 par l’expérience de Ligo. Cette recherche conforte une théorie ou en déconstruit d’autres. Celle qui résiste le plus aux expériences entre dans le savoir.

Chercher les limites des théories

En effet, toute théorie n’est que la meilleure représentation du monde à un instant donné. Savoir dans quel domaine elle opère et quelles sont les limites de sa véracité permet de savoir où et quoi chercher (cf premier point). La relativité générale est confirmée par des millions d’expériences depuis 1915 (chaque mesure GPS prouve les écarts de temps d’objets allant à des vitesses différentes) mais dans le même temps, on sait qu’elle est inopérante au tout début de l’univers actuel ou au voisinage du centre des trous noirs. Du coup, on cherche une gravitation quantique…

Préciser les savoirs acquis

La technologie avance et nous pouvons obtenir des mesures plus précises de la météo, de la forme exacte de la Terre, de l’histoire de l’évolution par la génétique… C’est l’occasion de petites correction du grand livre des savoirs.

Intervenir de manière active auprès de la société

Comme dans la prévision météo, volcanique ou dans la surveillance du COVID, la création en urgence de vaccins. Ce sont les inconnues scientifiques qu’on pourrait penser comme faiblesse de la science. Sauf que ce n’est pas la science, c’est de la recherche. Par définition, il reste des zones d’ombre que l’on comble au fur et à mesure des études qui sortent.

Cibler le cadre des informations livrées par la science

Enfin, nous avons vu par les 2 articles sur la montagne Pelée que c’est important de poser le cadre des informations données.

Des cadres différents disent des choses différentes sur un même objet.

Ici, la Montagne Pelée est vue à des échelles de temps différentes :

  • Sur 300 000 ans, on sait décrire sa naissance et ses grandes phases de développement.
  • Sur les 6 000 dernières années, on est capable de retracer les principales éruptions, déterminer des cycles éruptifs, un type éruptif…
  • Sur les derniers mois, on cherche à connaitre ce qui se passe maintenant. A partir de l’édifice tel qu’il est et de son histoire, on cherche à prévoir quel comportement la Pelée est en train d’avoir.

Mélanger les 3 échelles c’est comme se mentir.

Un autre exemple criant, c’est le couple climat/météo

On ne sait pas prédire la météo à plus de quelques jours et on prétend dire quelque chose du climat des 50 prochaines années ! Argument de climatosceptique… Pourtant bien vrai…

Le biais ? L’échelle de temps !

La météo est l’étude des instabilités courtes de l’atmosphère dans les quelques jours qui suivent. C’est une science de précision à court terme, comme l’étude sismique actuelle de la Pelée. Par contre le climat est déterminé par des tendances (comme les cycles éruptifs sur 6000 ans). Sans être climatologue, si je vous dit fera-t-il chaud ou froid en juillet 2025 ? Vous pouvez dire sans trop être voyant qu’il fera plutôt chaud en juillet en France quelque soit l’année. Puis on est capable de mesurer des moyennes de précipitations sur les 60 dernières années et voir comment ça évolue. Du coup, à toute choses égales par ailleurs, on peut déterminer une tendance pour les prochaines années, indépendamment du fait qu’il pleuve ou pas aujourd’hui en région parisienne.

Les 2 articles :

Les épisodes suivants nous emmènerons à nous méfier de nos biais.

Nous verrons comment la science s’extrait de l’imperfection de nos perceptions et notre pensée humaine. Ouh-là ! Tension cérébrale en vue !

Suivez le guide, tout ira bien…

Sources

  • A. Barrau, L’Univers, cours tout public
  • T. Mehinto, (2018). Cours de méthodologie scientifique, Parcours M2 ICMS – Université de Guyane
  • Inspiré de Etienne Klein, dans l’émission On a confondu science et recherche ! de MatriochK.

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

  • est-ce une bonne idée ?
  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?

J’attends vos commentaires.

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