Ep13 – La Montagne Pelée va entrer en éruption !!!

Volcan en éruption

La Montagne Pelée, volcan actif de la Martinique aux Antilles montre une modification de son activité. Le niveau d’alerte jaune est atteint depuis le 4 décembre 2020. (Source Préfecture de Martinique)

En 1902, ce même volcan a tué environ 30 000 personnes lors d’une éruption qui a même donné son nom à un type éruptif : Les éruptions péléennes.

Alors, la Pelée va-t-elle entrer en éruption ?

Oui, c’est certain ! Explications…

Cet article fait partie d’une série

Je me suis lancé le défi de publier 31 articles en mars 2021 pour faire un tour d’horizon de la science. Celui-ci est le treizième publié (le premier est le sommaire du défi visible ici)

Le défi est un peu dur à tenir, je dois compiler des sources, rédiger, publier dans la journée en plus de mes activités habituelles.

Je devais vous parler de disciplines annexes qui ont un rôle majeur en sciences. Ce sera pour lundi car j’ai encore quelques 2h30 de cours à visionner.

En attendant, voici un article que j’avais écrit en décembre. J’ai sollicité l’OVSM pour relecture et autorisation d’utiliser leurs illustrations. Sans réponse de leur part, le voici un peu « nu ».

Quelles sont les caractéristiques du volcan Pelée ?

C’est un stratovolcan andésitique de subduction… C’est à dire ???

Les stratovolcans

Un stratovolcan est un volcan construit en strates = en couches superposées, éruptions après éruptions. Sur une carte, ils ont une forme à peu près circulaire et ont un profil de cône avec une pente d’environ 30 à 45°. Il existe un cratère au sommet et possiblement une caldeira (zone d’effondrement du sommet en cuvette) à l’intérieur de laquelle se forme un nouveau cône et un cratère.

Ce sont des volcans explosifs, l’étude de leurs roches montre souvent des types d’éruptions explosives différentes.

Andésitique

L’andésite est une famille de roches volcaniques que l’on retrouve sur les volcans de subduction. Elle est issue d’un magma visqueux et riche en silice qui se forme lors de la descente de la plaque plongeante et qui remonte un peu en arrière de la zone de subduction en formant un arc volcanique explosif.

Subduction

La subduction (sub = en dessous, duction = déplacement) est le phénomène de plongement d’une plaque tectonique (de croute terrestre) sous une autre. C’est l’endroit où une plaque océanique passe sous une autre (océanique dans le cas des Antilles mais ça peut être continentale comme par exemple au Chili). Voici un schéma :

Les Antilles en sont un parfait exemple : Au large des îles, coté Atlantique se produit la subduction de la plaque atlantique sous la plaque Caraïbe. Les îles antillaises sont le siège de volcans explosifs (Pelée, Souffrière, Montserrat…)

Du coup, vous avez compris, andésitique de subduction, c’est lié…

Andésite est un type de roche volcanique et subduction est le mécanisme qui produit ce type de roches.

Activité de ce type volcanique

Les stratovolcans andésitiques sont… explosifs !

Ils varient dans leurs types éruptifs, mais de toute façon, ça fait BOUM !

Les éruptions phréatiques

Phréatiques, comme les nappes ? Que vient faire l’eau là dedans ? Elle remonte de la zone de subduction ?

Alors, oui, l’eau remonte de la zone de subduction mais ça n’a rien à voir avec phréatique.

On a vu que le cône volcanique est un « tas » de rochers, pierres et cendres superposées au fil des éruptions. C’est donc une structure poreuse.

Mais elle est très chaude en son coeur, il y a quand même régulièrement des remontées de magma, gaz chauds et une chaleur de conduction issue de la chambre magmatique.

Alors, lors de pluies, l’eau s’infiltre dans l’édifice, se réchauffe et peut se vaporiser.

Cette vapeur cherche alors un point de sortie, vers la surface, souvent au niveau du cratère où elle peut se détendre d’un coup en arrivant au sommet. Et BOUM ! Elle pulvérise et projette les dernières roches rencontrées sur son chemin.

Les éruptions Pliniennes

Leur nom vient de Pline le Jeune, qui a décrit l’évolution de l’éruption du Vésuve en l’an 79.

Ce sont des éruptions magmatiques (du magma sort du volcan) explosives durant lesquelles le volcan émet une colonne de cendres qui peut monter très haut en altitude. Son sommet s’aplatit et donne une forme générale de « pin parasol ».

Les dangers sont liés aux retombées de cendres et à l’effondrement de la colonne en nuées ardentes; des nuages de gaz chauds (plusieurs centaines de degrés) [Mon article qui traite de la température de la lave] et de roches volcaniques qui « roulent » sur les flancs du volcan. Elles peuvent atteindre 500km/h.

Les éruptions Péléennes

Lorsque le magma visqueux remonte à la surface, il ne s’écoule pas et forme un dôme dans le cratère. Ceci forme un bouchon sur le conduit. Le gaz s’accumule en-dessous et lorsque la pression est plus forte que la résistance du dôme, il explose en projetant des nuées ardentes sur les flancs du volcan (sans colonne éruptive).

Le nom péléen vient justement de la Montagne Pelée et décrit l’éruption de 1902 qui ravagea St Pierre et fit 30 000 morts.

Quelle sera la prochaine éruption de la Pelée ?

En fait, impossible à dire, d’autant qu’une éruption peut commencer sur un type et en changer en cours de route. Mais ce sera explosif, c’est une caractéristique de ce type de volcan, et c’est lié à la composition du magma issu de subduction : relativement riche en eau (qui fera plus de gaz – vapeur – lors des éruptions) et riche en silice qui rend le magma visqueux, pâteux donc moins apte à se dégazer qu’une lave liquide.

Mais on peut étudier les éruptions passées pour imaginer l’avenir.

Histoire eruptive de la Pelée

D’après M. FICHAUT (thèse 1986) La Montagne Pelée est née il y a environ 300 000 ans

On lui connaît 24 éruptions durant les 5000 dernières années dont 4 éruptions majeures durant les derniers millénaires :

  • vers 490 Av J/C
  • vers 60 Av J/C
  • vers 280
  • vers 1300

Ces éruptions ont laissé d’importants dépôts de ponces dans le tiers nord de la Martinique.

Notez que dans ce classement, les éruptions de 1902 et 1929 ne sont pas considérées comme majeures.

Il semble y avoir un cycle éruptif d’environ 500 ans, or la dernière éruption majeure s’est produite vers 1300, il y a … 700 ans.

Doit-on craindre une éruption de la Pelée ?

Evidemment ! Le volcan est actif et entrera en éruption tôt ou tard.

Il est impossible de prédire ni le style éruptif, ni son importance.

Ce qui est sur, c’est que la Pelée fera encore des éruptions.

D’ailleurs, R. D’ERCOLES et J-P. RANCON (1994) ont écrit un article :

LA FUTURE ÉRUPTION DE LA MONTAGNE PELÉE: RISQUE ET REPRÉSENTATIONS

L’article met en évidence les principales divergences entre le point de vue des habitants du Morne-Rouge (Martinique) et celui des volcanologues à propos des caractéristiques d’une prochaine éruption de la montagne Pelée. Il s’appuie notamment sur une cartographie de la perception des espaces menacés, confrontée à l’évaluation scientifique des types et des zones d’aléa volcanique.

Mappe Monde 4/1994

Le niveau de vigilance est passé de vert à jaune

Depuis 1929, le volcan est en sommeil avec une activité basale faible. Il a perdu quasiment toutes ses manifestations externes (sources chaudes, fumerolles…)

Mais depuis 2019, 3 paramètres ont changé :

Je cite l’OVSM – Observatoire Volcanologique et Sismique de Martinique :

L’augmentation de la sismicité d’origine volcanique superficielle (jusqu’à 4-5 km sous le sommet) observée depuis avril 2019, se situe donc clairement au-dessus du niveau de base caractéristique pour la Montagne Pelée.

De plus, en avril 2019, une sismicité volcanique est apparue en profondeur autour et sous la Montagne Pelée (à plus de 10 km sous le niveau de la mer). Elle pourrait correspondre à l’arrivée en profondeur de fluides magmatiques.

Enfin, de nouveaux signaux enregistrés de type trémor ont été observés les 8 et 9 novembre 2020

Les signaux de type trémor… ce sont des séismes « lents ». En général, un séisme démarre brutalement car il correspond à une rupture de résistance des roches puis se poursuit par une raisonnance et quelques séismes de réarrangements.

Les trémors au contraire commencent faiblement, atteignent un maximal qu’ils tiennent en plateau avant de décroitre lentement.

Ils sont donc facilement différenciés des autres séismes. Leur profil traduit le passage en force d’un fluide dans le réseau de failles.

Un fluide, comme du magma

Affaire à suivre demain…

Sources

  • Communiqué de presse de l’OVSM-IPGP du 4 décembre 2020
  • Bilan mensuel de l’activité volcanique de la Montagne Pelée et de la sismicité régionale de la Martinique, OVSM-IPGP Septembre 2020
  • M. C. Chabou (), Les volcans – cours de Licence Géosciences .Université Ferhat Abbas
  • R. D’Ercole, J-P. Rançon. La future éruption de la montagne Pelée: Risque et représentations. M@ppemonde, Maison de la géographie, 1994, Les risques naturels, pp.31-36. hal-01161639
  • M. Fichaut (1986), thèse : Magmatologie de la Montagne Pelee. Université de Bretagne Occidentale.

Et vous, que vous inspire cet article ?

Mon défi : Tour d’horizon de la science en 30 jours

Les règles que je me suis fixées :

  • Je publie un article par jour pendant le mois de mars 2021
  • Je traite de la méta question de LA science
  • Je fournis mes sources principales
  • Je suis faillible et peux faire des erreurs, je les reconnaitrai publiquement lors de la correction d’articles (et créditerai celui ou celle qui me le fera savoir) – pas pour des fautes d’orthographe non plus 😉 il n’y a pas d’intérêt.

J’aimerais votre avis sur mon défi :

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  • que souhaitez-vous que je traite ?
  • est-ce utile, avez-vous appris de mes articles ?
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